samedi 28 janvier 2012

L'animale soeur [Philippe Jaccottet]



source : Ancient Sculpture Gallery
Aphrodite, période hellénistique, plaque,
original au Musée national d'Athènes.



On aura vu aussi ces femmes — en rêve ou non,
mais toujours aussi dans les enclos de la nuit —
sous leurs crinières de juments, fougueuses,
avec de longs yeux tendres à lustre de cuir,
non pas la viande offerte à ces nouveaux étals de toile,
bon marché, quotidienne, à bâfrer seul entre deux draps,
mais l'animale sœur qui se dérobe et se devine,
encore moins distincte de ses boucles, de ses dentelles
que l'onduleuse vague ne l'est de l'écume,
le fauve souple dont tous sont chasseurs
et que le mieux armé n'atteint jamais
parce qu'elle est cachée plus profond dans son propre corps
qu'il ne peut pénétrer — rugirait-il d'un prétendu triomphe —,
parce qu'elle est seulement comme le seuil
de son propre jardin, ou une faille dans la nuit
incapable d'en ébranler le mur, ou un piège
à saveur de fruit ruisselant, un fruit,
mais qui aurait un regard — et des larmes.


>Philippe Jaccottet, Autres chants, Chant d'en-bas, Éditions Gallimard, Paris, 1977.


À maintes, à toutes, à D/M.


mercredi 25 janvier 2012

Derniers jours...




Non, il ne s'agit pas des soldes ! 

Précipitez-vous, VITE, ce sont 

LES DERNIERS JOURS DE POMPÉI
un art de vivre  [... à en mourir ] 

 Musée Maillol 
59/61, rue de Grenelle 
75007 Paris



dimanche 22 janvier 2012

Pierres de Celtes


Monument aux morts 
de Saint-Maurice-Navacelles
source : fr.wikipédia.org


On avait, chez les Celtes de l'antiquité, un moyen simple et clair de dénombrer les morts parmi les guerriers en recourant au tas. En partant pour la guerre, en effet, chaque homme ramassait une pierre et la jetait avec les autres sur le même tas. Au retour chacun enlevait une pierre du tas, où ne restaient finalement que les pierres de ceux qui ne pouvaient pas venir enlever la leur. Ainsi se constituèrent d'eux-mêmes les monuments aux morts. Par la simple soustraction de ceux qui revenaient du nombre de ceux qui étaient partis, le sentiment voué aux morts se trouvait exprimé de la façon la plus claire : à la place des disparus (tombés sur le champ de bataille ou tombés aux mains de l'ennemi) se dressait le mémorial des pierres entassées.

>Elias Canetti, Le territoire de l'Homme (année 1950), traduit de l'allemand par Armel Guerne, Éditions Albin Michel, Paris, 1978.

vendredi 13 janvier 2012

Lentilles à la chilienne



Bon, disons, globalisationnement parlant, que ça se cuisine comme un chili con carne où l'on remplacerait les haricots rouges par des lentilles vertes et le bœuf hâché par de la poitrine de porc fumée. Rien à voir avec les lentilles farcies à la sauce Blanche (Francis).

Vous prenez une bonne dose de lentilles sèches, bien rincées, Grosso & Modo (paix à leurs regards divergents et convergents) 80 g par personne et pour une préparation destinée (Oh ! le destin, l'intestin..., avec les lentilles, il faut s'attendre à tout) à 3 ou 4 personnes, selon l'appétit présumé de chacune, chacun.

Préparez vos lentilles vertes (bio, de préférences, car ces légumineuses-là ont l'art de s'assimiler toutes les qualités du sol où l'on les pousse... mais aussi toutes ses saloperies) selon les conseils du conditionneur, mais en veillant à les conserver assez fermes, car elles devront ensuite finir de couire encore doucement en bonne et autre compagnie.

Pendant que les lentilles couisent, dans une belle cocotte, faites suer un ou deux gros oignons hâchés - d'Espagne ou, pour le douceur, le 'Jaune paille de Vertus'' (eh oui !) - , ajoutez deux à trois belles tranches de poitrine fumée, acquises chez votre charcutier préféré, taillées en lardons - surtout pas de ces autres saloperies appelées 'allumettes' de lard ou lardons sans couenne extraits de votre supermarché (aussi) préféré. Laissez fondre doucement, comme le désir et le reste - pour ce qui est d'autres lardons, si vous ne les avez déjà faits, vous les ferez plus tard, pendant l'utile sieste digestive qui suivra, par exemple.

Quand tout cela a bien fondu, pris une douce couleur ambrée, salez, poivrez, ajoutez moult et moult, cumin, paprika, ail, en semoulade (n'hésitez pas, ici - comme dans l'amour - le trop est l'ami du bien). Laissez frisotter légèrement les épices.

Une fois couites, les lentilles - surtout, ne jetez pas immédiatement l'eau de cuisson - , à l'aide d'une honnête louche, ajoutez-les à l'autre préparation. Mouillez encore un peu, si nécessaire, avec de l'eau de cuisson - jetez enfin le reste, ou buvez-le, un fois tiédi -, ajoutez encore de la purée ou du coulis de tomate. Laissez mijoter très doucement - comme un homme, une femme, ou encore un(e) autre, dans son désir. Une heure à une heure et demi conviennent.

Parallèlement, vous aurez coupé en  petits dés deux tranches de pain complet et vous les aurez faits voluptueusement tremper dans du lait.

Quand, enfin, tout est couit doucement, vous ajoutez le pain à la préparation, et bien le mélangez - ça adoucit la saveur un peu 'métallique' des lentilles et ça lie le tout. Rectifiez l'assaisonnement. Vous laisserez, finalement, chacune, chacun, ajouter, au gré, du vrai piquant (piment fort, pili-pili, voire harissa).

Servez largement à chacune, chacun, dans un grand bol ou une assiette, dite creuse, accompagné d'une cuiller à lentille, concave d'un côté, convexe de l'autre, par personne, pour icela déguster - et éviter d'avoir à manger avec les doigts -, en prenant le soin de garnir délicatement chacune, chacun, d'une belle pincée de coriandre fraîche ciselée.

Bonne appétit... et bonne après-midi, tout autant.


À chacune, chacun et, surtout, merci à Mariana, à qui je dois cela, nonobstant le fait que, pour des raisons très chiliennes, à l'époque, et d'autre manière, obscurément, elle aussi, Pinochet la cuisina. Ouf, c'est fini !

dimanche 1 janvier 2012

D'an et de corde [Jean-Pierre Husquinet]



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Jean-Pierre Husquinet,
artiste plasticien, sculpteur de cordes. 


Merci, Jean-Pierre. 

Voir aussi : De noeuds et de cordes



lundi 21 novembre 2011

La chèvre et l'ânesse

Séduction, impression, ignorance, bêtise…

J'ai connu une ânesse, plutôt bête, et quelque peu ignorante,  mais très belle,  — comme savent l'être certaines ânesses — qui partageait un pré avec une chèvre, guère bête, et pas du tout ignorante — et de surcroît avec des yeux admirables —, elle savait grimper aux arbres, comme seules les chèvres savent faire. L'ânesse était à la fois impressionnée et séduite par la chèvre et la suivait, toujours avec réticence, mais la suivait, dans ses bons et mauvais coups : passer le haie et venir déguster le rosier de Madame Meilland, goûter, dans mon verre, à mon amaretto, tandis que je leur faisais la causette, impressionné et séduit que j'étais par le jeu et ce couple-là, qui n'était pas contre nature. 

Un jour, brutalement, sous mes yeux, après un bref braiement, l'ânesse s'effondra net, terrassée par quelque subite arrêt cardiaque. La chèvre n'avait rien vu, rien entendu, occupée un peu plus loin à régler leur compte à des chardons. Vite, on camoufla le corps sous une bâche, par égard aux enfants habitués, qui passaient par là, en attendant que l'équarisseur fasse son œuvre. 

Le lendemain, la chèvre était là, hébétée (eh oui !), ignorant tout, et, malgré toute sa vie de bête, fortement impressionnée, ne comprenant pas. Plus guère séduite par mon amaretto, elle me laissait passer la main sur sa tête, sans rien dire ni faire, ses yeux et sa tête étaient vides. Elle appelait tristement l'ânesse qui ne la suivait pas. Elle oublia vite peut-être, mais, pour en être assuré et ne pas la laisser indûment souffrir, son maître la changea de pré. Je ne la revis pas. 



À Dalila, dite aussi Melissa, amicalement.



lundi 17 octobre 2011

Chat-pot !




Chat-pot
v.l., 16/10/11



À >Siné, et à ses 'chats', parus initialement dans 'Bizarre',
me semble-t-il, il y a déjà bien longtemps.


jeudi 22 septembre 2011

Os de seiche crânant... [Hans Holbein le Jeune]


Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs, 1533
Huile sur panneau de chêne, 208 x 209 cm
National Gallery, Londres.


Car le secret de ce tableau, dont je vous ai rappelé les résonances, les parentés avec les vanitas, de ce tableau fascinant de présenter, entre les deux personnages parés et fixes, tout ce qui rappelle, dans la perspective de l’époque, la vanité des arts et des sciences, - le secret de ce tableau est donné au moment où, nous éloignant légèrement de lui, peu à peu, vers la gauche, puis nous retournant, nous voyons ce que signifie l’objet flottant magique. Il nous reflète notre propre néant, dans la figure de la tête de mort. Usage donc de la dimension géométrale de la vision pour captiver le sujet, rapport évident au désir qui, pourtant, reste énigmatique.  >Jacques Lacan, Le séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil. 

Un singulier objet, pareil à un os de seiche, flotte au-dessus du sol : c’est l’anamorphose d’un crâne qui se redresse lorsqu’on se place tout près, au-dessus, en regardant vers la gauche. Un sens caché et une solennité pèsent lourdement sur toute la scène. >Jurgis Baltrusaitis, Anamorphoses, ou Thaumaturgis opticus, Flammarion.

Pour une analyse de détail du tableau, on lira avec intérêt l'article très complet de Wikipédia, >Les Ambassadeurs. Cliquer sur l'illustration pour l'agrandir. Le crâne peut être 'révélé' en plaçant, à défaut de miroir convexe, le dos d'une cuiller en inox poli perpendiculairement au sommet de la figure de l'os de seiche.

Ana M.

mardi 20 septembre 2011

Virtuel, mon amour...


Ah, qu'il empoisonne la Toile, ce 'virtuel' qui n'existe pas. Il est là, mais impossible de le définir. Toutes ses acceptions sont ailleurs, et en informatique, il est si bien défini..., qu'il ne s'agit pas de cela.

Retournons à nos vieux (et plus récents) dictionnaires.

Dictionnaire du Moyen Français : Qui n'est qu'en puissance.

Dictionnaire de l'Académie française (8e édition) : Terme didactique. Qui est seulement en puissance et sans effet actuel. Chaleur virtuelle. Intention virtuelle. En termes d'Optique, Foyer virtuel, Lieu où les rayons lumineux divergents réfléchis par un miroir, prolongés idéalement, viendraient converger en arrière du miroir. Image virtuelle, Image que l'œil voit comme si elle était formée en ce lieu.



Auguste Rodin, Les Trois Vertus



Plus intéressant est le >TLFHi (Trésor de la Langue Française informatisée), que je résume :

Philosophie : Qui possède, contient toutes les conditions essentielles à son actualisation. Synonyme : potentiel, en puissance ; antonyme : actuel.

Linguistique : [Par. référence à l'opposition. saussurienne entre langue et parole] Qui n'est pas actualisé, qui relève de la langue.

Et je note à ce propos :  À l'opposé de l'existence actuelle, propre à l'axe syntagmatique du langage, l'existence virtuelle caractérise l'axe paradigmatique (Greimas-Courtés 1979).

Par extension, c'est aussi : Qui est à l'état de simple possibilité ou d'éventualité. Synonyme : possible. L'ensemble des consommateurs virtuels (Agences presse, 1962, p. 4).

Et plus spécialement,

Informatique : Se dit des éléments (terminaux, mémoire...) d'un système informatique considérés comme ayant des propriétés différentes de leurs caractéristiques physiques. (GDEL). La mémoire virtuelle simule une mémoire plus grande que la mémoire existante (Freedman-Sauteur Micro 1985).

Physique :

- Mécanique : Travail virtuel (d'une force). Travail que produirait un mobile se déplaçant d'une quantité infiniment petite à un moment donné.

 - Mécanique quantique : Transition virtuelle, transition quantique réelle d'émission suivie de réabsorption ou d'absorption suivie de réémission, ne respectant pas la conservation de l'énergie (Mathieu-Kastler Phys. 1983).

- Optique : Foyer virtuel. Image virtuelle.

Il s'agissait de l'adjectif, quant au substantif masculin singulier à valeur de neutre : Ce qui est en puissance. Le possible, le probable et le virtuel.

Eh bien, nous voilà Grosjean comme devant. Et comme le chantait si bien Jacques Brel dans 'Au suivant' : Subséquemment que j'comprends pas...


À J/G, qui l'employa en usa.

dimanche 11 septembre 2011

Il faut qu'une porte soit à la fois ouverte et fermée [Marcel Duchamp]







Porte simple au lieu de deux portes, 
11, rue Larrey, 1927. 



jeudi 8 septembre 2011

Moment de doute... et de colère






Avoir le 'look' [attesté] de Steven Spielberg,
La voix [attestée tout autant] de Philippe Noiret, 
Et les c........ [supposées] de Picasso,
Quelle merveille ! Et pourtant ce doute,
Et d'autant, cette colère. 


Ese oscuro objeto del deseo [Luis Buñuel]








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HOMMAGE À MOHAMED HAKIM AKALAY [27/12/44 - 25/07/10]